La méthode de relaxation de Jacobson
coïncide dans le temps avec celle de Schultz.
Elle veut cependant s'en écarter
complètement, rejetant toute idée de suggestion et,
par conséquent, d'hypnose.
Refusant de se joindre aux théories
psychanalytiques, elle choisit délibérément de se
fixer à un niveau purement physiologique. Jacobson
en fait pourtant une véritable méthode de psychothérapie
.
Il publie en 1938 un premier livre
intitulé " la relaxation Progressive ",
dans lequel il explique ses idées scientifiques, livre
suivi par un autre ouvrage pour le grand public :
" You Must Relax " (vous devez vous relaxer
).
Dans son dernier livre, " Le
Traitement Moderne des Patients Tendus ", Jacobson
écrit : " Les médecins ont affaire "à des
patients tendus. Cela est souvent vrai sans qu'ils
en "prennent conscience, leur attention se portant
plus sur les "plaintes du patient que sur son
comportement...Or, la "majorité des patients
ont leurs symptômes à cause de leur état "de
tension assez excessif, associé ou non à des symptômes
"organiques."
Il parle ensuite de l'échec des méthodes
suggestives et hypnotiques, les rejetant, ainsi que
la méthode psychanalytique.
Pour Jacobson, la dépendance du patient
n'est pas souhaitable.
Il faut ce dernier responsable et
ne pas lui offrir de garantie d'efficacité.
Jacobson, en scientifique et en rationaliste,
veut apprendre au patient à s'observer et à s'assurer
de ses expériences subjectives au moyen de mesures
objectives.
Pour cela, il met au point un appareil,
l'électro-neuro-myomètre, qui permet, en mesurant
le degré de concentration musculaire, d'objectiver
le degré de contraction ou de décontraction du patient.
Une tension musculaire répétée entraîne
une tension psychique indéniable.
Jacobson pense qu'il existe une relation
entre le vécu émotionnel et le degré de tension musculaire.
Grâce à l'électro-neuro-myomètre,
il peut montrer que le simple fait de penser qu'on
va agir entraîne automatiquement des variations de
tension musculaire dans la sphère envisagée.
Ainsi, l'intention de parler entraîne
des contractions musculaires minimes dans le larynx
et dans les muscles de la face.
Si, à cette tension d'activité, s'ajoute
une forte émotivité créée par une peur incontrôlée,
cette tension va croître dans des proportions indésirables.
Ce sont ces tensions continues et
répétées qui finissent par causer de nombreux troubles
psychosomatiques chez les patients hypertendus, physiquement
et psychiquement.
Jacobson crée donc une méthode dont
le but est la réduction volontaire du tonus musculaire
au repos : c'est la méthode de relaxation progressive.
La relaxation, pour Jacobson, ce
n'est pas apprendre à dormir ou à se reposer mais,
au contraire, apprendre à se conduire plus efficacement,
avoir une meilleure économie d'énergie pour un meilleur
rendement.
Pour Jacobson, il n'y a pas d'exercices
de relaxation. Comme il le dit lui-même : "Ne
vous tendez pas pour vous détendre ".
Au lieu d'utiliser le mot de relaxation,
il préfère donner à ses patients l'ordre de ne rien
faire, ce qui semble, malgré tout, très négatif.
Voici un extrait de son dernier livre
sur le traitement moderne des patients tendus :
" Choisissez une pièce calme,
libre de toute intrusion et d'appels téléphonique.
1. Couchez-vous sur le dos, les bras sur le côté,
et laissez vos yeux ouverts pendant 3 ou 4 minutes.
2. Fermez ensuite graduellement les yeux, gardez-les
fermés pendant l'heure de détente.
3. Après 3 ou 4 minutes les yeux fermés, relevez votre
main vers l'arrière en la tendant, et vous observez
la sensation de tension pendant 1 ou 2 minutes, en
remarquant bien comme elle diffère dans le poignet,
dans les doigts et dans l'avant-bras.
4. Ne faites rien pendant 3 ou 4 minutes, à nouveau.
5. Vous relevez à nouveau la main, comme précédemment,
pendant 1 ou 2 minutes.
6. Encore une fois, vous ne faites rien pendant 3
ou 4 "minutes.
7. Vous relevez à nouveau votre main pour la troisième
et dernière fois, en observant la sensation de tension
pendant 1 ou 2 minutes.
8. Finalement, vous ne faites plus rien jusqu'à la
fin de l'heure."
Jacobson divise cet apprentissage
de la détente du bras en plusieurs périodes, faites
de mouvements et de tensions différents, avec chaque
fois prise de conscience.
Les membres supérieurs entraînés,
le patient passe à la détente des membres inférieurs,
puis à l'apprentissage de la détente des muscles du
tronc, des muscles de la nuque et finalement, de la
région de la tête.
Cet apprentissage se fait en position
allongée sous le contrôle du thérapeute. Il peut être
pratiqué encore prolongée ou en cure abrégée.
Jacobson fait ensuite exécuter ces
exercices en position assise. Puis il leur ajoute
ce qu'il appelle : " la méthode de relaxation
différentielle ".
La relaxation différentielle consiste
à effectuer le minimum de contractions musculaires
indispensables à l'exécution d'un acte, tandis que
tous les autres muscles ne servent pas pour réaliser
cet acte, sont relâchés.
Cet apprentissage de la relaxation
progressive, puis de la relaxation différentielle,
va se prolonger par une mise en application pratique
de ces techniques de contraction-détente aux actes
de la vie courante.
On commencera, par exemple, par des
exercices d'articulation et de verbalisation dans
la détente pour étendre finalement ces exercices à
toute la vie quotidienne.
L'apprentissage de ces différentes
techniques est long ; il nécessite 2 ou 3 séances
d'une heure par semaine sous contrôle du thérapeute.
Pour répondre " à notre civilisation
de presse-bouton de type industriel ", Jacobson
a mis au point une méthode qu'il appelle " de
contrôle opérationnel de soi-même ".
Procédant par analogie avec l'automobile,
il déclare que le sujet est à la fois son propre véhicule
et son propre conducteur.
Il va donc lui apprendre, par cette
méthode, le contrôle de la sensation plutôt que la
conscience de la sensation :
" Je sens la tension musculaire
de mon bras, elle est douloureuse ou non, je peux
la modifier "
Il s'agit là d'avantage, selon nous,
de nuances que d'un véritable changement, les exercices
demeurant identiques dans les différentes méthodes.
Les moyens de controle:
Le thérapeute contrôlera lors de
chaque séance, l'état de détente du patient par une
vérification objective, en surveillant l'immobilité
totale des doigts, du visage ou des globes oculaires,
en vérifiant si la respiration est régulière et en
palpant l'abdomen pour sentir s'il est détendu.
Il effectuera aussi des exercices
de mobilisation passive des membres, afin de voir
si ceux-ci sont complètement flasques.
Enfin, il pourra contrôler les phénomènes
végétatifs, comme le ralentissement du pouls ou une
diminution de la tension artérielle ; l'objectivation
scientifique peut être réalisée à l'aide de l'appareil
mis au point par Jacobson.
Sur le plan de la vérification subjective,
le patient décrira lui-même l'état dans lequel il
est, et déclarera s'il se sent une disparition des
sensations de tension.
EN CONCLUSION :
Il s'agit ici d'une méthode de relaxation
qui est purement physiologique, et qui refuse d'aborder
la sphère psychologique en tant que telle.
C'est pourquoi Durand De Bousingen
classe cette méthode de relaxation dans ce qu'il appelle
les méthodes analytiques et périphériques : analytique
parce que la relaxation se fait en analysant systématiquement
les sensations dans chaque muscle et dans chaque région
du corps ; périphérique parce que cette relaxation
s'occupe plutôt des muscles, c'est-à-dire plus de
la périphérie que du cerveau, le centre.
La relaxation de Jacobson apprend
à reconnaître les tensions musculaires résultant des
tensions émotionnelles et à les relâcher, c'est-à-dire
à obtenir un meilleur contrôle de soi-même et des
sensations musculaires.
Pour Jacobson, cette façon de faire
s'intègre parfaitement dans une véritable psychothérapie,
puisqu'elle touche la personnalité toute entière par
le biais du muscle.
La méthode de Jacobson s'oppose donc
à celle de Schultz dans son essence, dans sa conception,
dans sa psychophysiologie mais peut-être pas tellement
dans son but.
De nos jours, cette technique longue
et compliquée n'a plus qu'un intérêt purement historique.
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